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Presov, visite à domicile (4/4) - rencontres

30 mai 2016

Episode 4 : à Presov, deux réalités de la vie

Si Presov est une ville, donc par définition plus anonyme qu'un village, elle n'en regorge pas moins de multiples quartiers, où la fibre humaine fourmille. À cinq minutes à pied de ma rue, je me suis lié d'amitié avec un Slovaque qui a passé toute son enfance à Presov. Quelques semaines plus tard, lors d'un footing, en m'écartant des promenades conventionnelles, c'est une toute autre rencontre que j'ai faite...

Rencontre avec un « Presovien » de banlieue

Ce soir du 10 mars, je passe le seuil de ma porte sans craintes. La banlieue de Presov où je vis (Sidlisko III) ressemble beaucoup à une cité HLM de banlieue, mais l'insouciance qui y règne est réconfortante. On se sent en sécurité.

Je mets le nez dehors. Les fenêtres des tours sont autant de petits carrés lumineux dans la nuit, déjà bien installée.

Je ne vais pas si loin. Je devrais jouer au laser game (jeu de lasers) dans peu de temps. L’ESN, l’association Erasmus de l’université, avait prévue une soirée dédiée sur le seul terrain de jeu de la ville, rue Mirka Nespora.

Pourtant, une fois descendu du bus (un moderne ce soir! ), je suis fourvoyé. Faisant confiance à ma seule mémoire, je ne trouve pas le chemin. Je ne vois rien qui ressemble à une salle de laser game. Je n’ai pas de portable pour appeler un ami qui pourrait me guider. Je me décide à rentrer, car, le temps de retourner à la maison pour téléphoner, je serai trop en retard. Il est déjà 19 h 30, et le rendez-vous était fixé à 19 heures. Tant pis, je n’aurais pas expérimenté ce jeu de laser.

Je décide de rentrer à pied, comme balade du soir, malgré la fraîcheur. Je croise un jeune maître avec son chien en laisse. Sa haute taille est couverte dans une longue redingote qui se confond avec l’obscurité.

Envers moi, son chien, un chihuahua frisé, est particulièrement teigneux, hargneux. Il aboie par petits cris à n’en plus finir. Le maître est obligé de tirer la laisse pour qu’il me lâche de ses yeux globuleux. Le jeune est désolé et se confond en « Prepacte » (excusez-moi). J’aurais voulu lui dire « Nech sa nestalo », « il n’y a pas de souci » en slovaque, mais je n’avais pas les mots en tête. Comme il y a plus de chance qu’il connaisse l’anglais que le français, je le rassure d’un « No problem. That is OK! » Nous poursuivons notre chemin.

Notre rencontre aurait pu s’arrêter là. Mais, comme son chien avec moi, je reviens à l’attaque. Je cherche le lasergame et, comme il est certainement riverain, il saura bien où c’est! Quand je lui fais part de ma requête, il ne connaît pas l’ombre d’un centre de jeux par ici. Il me dit que tout est fermé. Non content d’avoir trouvé quelqu’un avec qui pratiquer une langue étrangère, il sort son Smartphone et bafouille : « Tu es la première personne avec qui je parle anglais hors de l’école. Je prends ton numéro et ton nom et comme ça, on pourra se revoir ce weekend, tu veux? »

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Sur les bords de la rivière Torysa, théâtre d'une discussion avec un Slovaque.

Source

Je retrouve comme convenu Marek le dimanche suivant, à 14 heures, sur les bords de la rivière Torysa. A la lumière du jour, je vois mieux ses cheveux bruns où quelques blancs poussent, son sourire fait de dents qui n’ont pas soufferts d’orthodontie.

Nous marchons dans un cadre vert, comme Marek les aime. Pour aller et revenir de son école, il n’hésite pas à marcher le long de ce cours d’eau quatre kilomètres par jour. Il a toujours vécu à Presov, et aime son quartier « Sidlisko III » pour son calme, sa vie insouciante.

En Slovaquie, le terrorisme ne pèse pas sur les consciences comme en France. A Marek, ce problème lui semble lointain. Aussi lointain qu’est pour nous la Slovaquie vue de France. Fin mai, quand nous nous reverrons une dernière fois avant mon départ, il s’alarmera : « Tu as vu que ta rue est passée au JT? Il y a eu un incendie de voiture sur le parking du CBA [une supérette]. C’est très rare que de tels actes se produisent ici. »

Marek est né la même année que moi. Il a 20 ans, l’âge de tous les possibles. De conserve, nous nous inquiétons pour notre avenir professionnel. Lui est étudiant en mécanique. Il adore caresser la carrosserie d’une belle Américaine. Sa préférée? La Cadillac. Abonné à un tas de revues spécialisées, il sait qu’il n’en existe qu’un seul exemplaire à Presov. Il s’est aussi constitué un avis sur toutes les marques automobiles. Les voitures Toyota? Fiable mais pas très confortables.

S’il ne doute pas de sa passion, il craint de ne pas trouver de travail l’an prochain. Ce sera sa dernière année de formation. Il rappelle : « Il y a dix ans, il y avait beaucoup d’industries à Presov. Aujourd’hui, beaucoup ont fermé. »Le taux de chômage slovaque ne donne pas plus d’espoir que le nôtre : 12. 1 % en 2016. Marek révèle aussi : « En Slovaquie, le salaire minimum n’est qu’à 300 € [1 500 € en France]. Et certains travaillent pour 2 € de l’heure! »

De retour vers sa tour, amateur de produits de la mer, je questionne Marek sur l’existence de poissonnerie à Presov. Pourquoi une telle interrogation? Dans tous les supermarchés où j’ai mis les pieds, je n’ai pas trouvé de rayon poisson. Dans mon livre de langue slovaque, seuls quatre poissons figuraient (saumon, thon, truite, hareng), quand la seule viande de porc se déclinait en salami, saucisse parky, rôti, jambon, pâté…

Cette pauvreté halieutique s’explique par la situation de la Slovaquie, qui est un pays d’Europe centrale. En clair : au centre des terres européennes, donc avec aucun accès à la mer, comme la Hongrie ou la République Tchèque (la Pologne est la seule exception). Seuls les lacs ou torrents de montagne fournissent quelques poissons d’eau douce au pays. C’est là tout.

Je dis donc le mot « poissonnerie » à Marek en anglais, soit « fish shop. » En mot-à-mot, cela donne « magasin de poisson. » Un peu surpris d’abord, il convient : « Il y en a un juste en bas de ma barre d’immeuble. Cela fait plusieurs années qu’il est là. Je te montre si tu veux. »

Je n’en reviens pas qu’il y a plusieurs semaines que je suis ici et que je ne connais pas ce commerce. Nous approchons. Une enseigne peinturlurée comme une gouache d’enfant, surmonte une vitrine sombre. Nous sommes dimanche, c’est « zatvorene » (fermé). Pendant qu’il cherche sa phrase, j’essaye de voir au travers des ténèbres : je devine des tuyaux, des grands bacs avec dedans, d’étranges mouvements de courts rubans bleus dorés.

Je comprends. C’est un magasin de poissons… d’aquarium! Avec le sourire de celui qui est heureux d'avoir pu aider, il articule : « Tu pourras trouver ce qu’il te faut! » Ce jour-là, je me suis résigné à croire qu’il existe des poissonneries de bouche en Slovaquie!

Un bidonville d’Afrique à Velky Saris

Les ouvriers de Solivar souffraient peut-être de leurs conditions de travail, mais sûrement pas autant que ces gens-là.

Nous sommes le samedi 9 avril. Je puis dire que ma curiosité ce midi-là m’a fait entrevoir un des états les plus misérables de l’humanité.

Pour ma course bihebdomadaire, je suis allé, comme souvent, du côté de Velky Saris, un village à 4 kilomètres au nord-ouest de Presov. Sur la voie verte, à l’entrée du village, une route part sur la gauche, à côté d’un immeuble isolé qui semble neuf. Je ne l’avais jamais empruntée. Aujourd’hui, je décide de bifurquer.

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En plein milieu des champs, un camp de Roms, comme il y en a de nombreux (malheureusement) dans l'est de la Slovaquie.

A peine un kilomètre de foulées et sur quoi tombe-je? Un camp de Roms fait d’un alignement de maisons basses, au contrebas de la « route » (une piste en terre bourrée d’excavations). C’est comme qui dirait une ville sauf qu’il n’y a pas de rues, pas de places, pas de bitume. Que de la terre boueuse. Dedans, une volée de hâves enfants qui jouent au foot, patrouillent avec leur vélo. Ils n’ont que cela comme occupation! Un gosse dépenaillé, estropié, basané court vers moi en me babillant : « 30 centimes, 30 centimes s’il vous plaît. » Sa situation était aussi noire que sa tignasse. Que faire?

Les plus grands et les adultes eux, partent couper du bois dans la forêt, chargent des diables de fagots. Avec cela et des matériaux bigarrés (plastique, bâche, hardes…), ils construisent des extensions à leurs taudis. Comme des vérandas déjà faisandées avant même leur sortie de terre. Vrai, on dirait un bidonville d’Afrique! Hormis que nous sommes, malheureusement, encore dans l’Union Européenne!

Pourquoi une telle situation? En passant devant un autre camp de Tziganes vers Lipany, un peu plus au nord de Presov, Viktor, un prof de l’université, m’avait expliqué : « A l’époque soviétique, ces gens-là travaillaient, car tout le monde, même les moins qualifiés, devaient aller à l’usine. Avec la chute du système dans les années 1990, les Roms se sont retrouvés au chômage et se sont refermés sur eux-mêmes. Entre les Slovaques et eux, une grande méfiance s’est installée. »

Ce camp que j’ai vu au détour d’une balade est loin d’être isolé en Slovaquie. Leur situation est la plus grave à l’est, où Presov se trouve. 90 % des Roms y sont au chômage. Arriérés, souvent analphabètes, ils sont mis au ban par les Slovaques. Pourtant, et c’est un record en Europe, ils représentent 10 % de la population du pays, soit 500 000 personnes. Je reconnais que la Slovaquie ne présente à mes yeux que très peu de défauts (une hospitalité à toute épreuve, des paysages préservés…) mais le problème des Roms, sans conteste, en est un gros.


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